Transition (II)

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   En relisant les posts précédents, je m’aperçois à quel point tout ça semble se construire au fil des ajouts successifs, sans grande logique. L’apparition d’une section automatisée (nouvelles techniques) est évoquée dans le post (VIII) du 10 mars, celle d’une scénographie (temporalité) dans le post (XIV) du 30 avril. En même temps j’émets un certain nombre de réserves comme si ces choix ne s’imposaient pas indiscutablement.

 « Mais je crains de faire basculer l’œuvre dans un autre registre que celui sur lequel je veux la tenir en permettant à un des éléments de représentation du dispositif d’effectuer une opération réelle. »  Dans le post du 10 mars (VIII). 

 « Il faut bien admettre que l’actuation du dispositif va poser des problèmes. En premier lieu sur le statut de l’œuvre. Les jeux de lumière et la “performance” du joueur vont-ils faire basculer ce qui était un triptyque somme toute assez conforme vers la représentation d’un décor ? Et dans ce cas le décor de quoi ? Ensuite les jeux de lumière et la scénographie en général introduisent un temps de lecture impérieux, de mon point de vue ça empiète sur les droits du spectateur. Enfin, tout ça devient une “installation” et doit, de ce fait, se conformer à un lieu ou à une catégorie de lieux. » Dans le post du 11 juin (XVIII).

       En fait, même si des interrogations demeurent, je suis engagé dans ce processus depuis quelques années déjà et ce qui semble émerger spontanément maintenant est le fruit d’une maturation longue. Même s’il faut bien admettre que « Pourvu… », dans sa forme, fait un peu office de prototype, la colonne vertébrale reste cependant solide, et la cohésion de l’œuvre n’est pas engagée. Ce qui a été dit dans les pages « Syncrétisme » et  » Ivresse et extase » est plus que jamais d’actualité.

       Si la stratégie d’élaboration n’a guère changé, il se produit avec l’introduction des « nouvelles technologies » une modification des horizons d’attente que l’œuvre peut susciter. On doit ce concept à H. R. Jauss qui le développe dans Pour une Esthétique de la réception  Tel Gallimard 1972. Je vous livre la définition que j’ai prise   et qui me paraît claire.

  « Système de normes et d’attitudes caractérisant un lecteur ou un public à un moment historique précis permettant à ce lecteur de concrétiser le sens du texte à partir des intentions contenues dans l’œuvre elle-même. Ce système crée les conditions d’acceptation ou refus d’une œuvre à un moment donné. Il s’agit d’une notion centrale de la théorie de la réception. Le lecteur et ce public qui se caractérise par un état de conscience et de culture peuvent être contemporains du texte et appartenir au même environnement ou vivre dans un autre temps et dans un autre milieu. »

     Pour que ceci puisse être opérationnel il faut admettre comme prolégomènes que la légitimité d’une œuvre d’art « ne réside pas dans sa seule fonction représentative ou expressive mais tout aussi nécessairement dans l’effet qu’elle produit » (Jauss, opus cité, p. 43).

     Parmi ces normes et attitudes composant les horizons d’attente figure en première place ce que l’on qualifie d’Imaginaire. Paradoxalement les N.T. véhiculent, pour une grande majorité de personnes, un imaginaire qui excède de très loin celui que suscite l’art. Cet imaginaire technologique (les quasi-objets, les sociotechniques, les nanotechniques …) est mis en forme et parfois en questions par les artistes du Netart dans des dispositifs à matérialité nulle ou différée.

    En les utilisant dans un assemblage mixte (travail traditionnel et N.T) il faut se garder des parasitages. Les N.T. ne sont pas le sujet de mon travail, elles ne sont pas convoquées dans une perspective historique, la posture prise pour leur utilisation est tributaire d’une structure de monstration traditionnelle. Ce qui m’intéresse en elles, ce sont leurs caractéristiques formelles telles qu’elles se dégagent des travaux de A. Feenberg Repenser la technique, MAUSS, 2004 et de l’ensemble du travail de Bruno Latour  plus particulièrement Aramis ou l’amour des techniques,  La découverte, 1992.

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